Les véhicules guidés autonomes (AGV) sont sans doute la partie la plus visible de la production automatisée. Nous avons demandé à Thomas Fechner, vice-président Nouveaux Marchés chez Bosch Rexroth, de nous parler des dernières avancées de cette technologie.

L’Usine du futur sera totalement flexible. Seuls le sol, les murs et le toit seront fixes. Les véhicules guidés autonomes (AGV) y joueront donc un rôle central. Quel est l’état d’avancement de cette technologie ?

L’Usine du futur sera définie par sa flexibilité, c’est-à-dire par la facilité avec laquelle les procédés, les machines et les hommes pourront s’adapter aux circonstances. Vous avez donc tout à fait raison de dire que les robot AGV en seront un élément clé. Ils sont à la fois intelligents et mobiles, deux caractéristiques indispensables à la flexibilité.
Quels progrès avons-nous faits ces 20 dernières années ?

Des progrès importants, que l’on peut résumer en plusieurs phases. La première phase a commencé dans les environnements industriels. Les AGV y utilisent des lignes, des clous magnétiques ou des réflecteurs pour se situer et s’orienter.

Mais ces dispositifs peuvent gêner les opérateurs car ils sont très contraignants au niveau de l’infrastructure. La deuxième phase a débuté sans bruit, en dehors de l’industrie, avec l’avènement des tondeuses et des aspirateurs autonomes. Ces appareils se repèrent dans leur environnement par eux-mêmes : s’ils se heurtent à un obstacle ils reculent.

Or cette fonctionnalité arrive désormais dans l’environnement industriel. De nouvelles possibilités de communication et de guidage apparaissent, et elles sont très prometteuses. Nous utilisons par exemple la technologie LIDAR pour générer des plans 3D de l’atelier.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Admettons que vous introduisiez un nouvel AGV sur le site. Vous lui faites parcourir l’ensemble de son espace de fonctionnement pour qu’il recueille des données LIDAR et génère son propre plan. C’est notre logiciel de localisation par laser qui fait toute la différence ; souvent, les capteurs LIDAR avec lesquels il communique sont déjà installés.

Une fois qu’il dispose de ces informations, il est prêt à travailler. Il compare les données qu’il reçoit avec son propre plan interne. Il sait donc toujours où il est. Il se guide grâce à des repères, comme un humain pourrait le faire. Jusqu’à présent, les AGV avançaient à tâtons.

Maintenant, c’est comme s’ils voyaient où ils vont. C’est une approche simple et flexible pour les opérateurs, qui impose peu de contraintes à l’infrastructure. Certains parlent de « navigation libre » qu’ils présentent comme une nouvelle technologie, mais nous la développons depuis cinq ans maintenant.

On peut donc dire que ces robot AGV sont capables de « voir ». Et si j’ai bien compris, ils sont intelligents aussi ?

Tout à fait. Habituellement, s’ils rencontrent un obstacle, les AGV doivent s’arrêter et attendre. Ils ont un code fixe et n’ont pas d’autre alternative. Mais notre approche utilise les informations recueillies par chaque AGV. Leurs connaissances sont partagées et consolidées, ainsi, le plan de l’usine est mis à jour en continu.

Si une zone de l’atelier est bloquée par un chariot élévateur, ils peuvent s’informer mutuellement pour prendre un autre chemin. C’est un peu comme un GPS. En réalité, c’est même mieux, car cela fonctionne non seulement pour un AGV ou un « conducteur » individuel, mais aussi pour tout l’écosystème de l’atelier, ce qui évite les embouteillages et optimise la circulation dans sa globalité.

Quand pourrons-nous voir les AGV en action ?

Le développement est à un stade très avancé. Les premières installations sont en cours chez des clients pilotes. Nous avons présenté cette technologie au salon IAS de Shanghai et le ferons pour

Active shuttle

l’Europe lors du salon LogiMAT de février 2019. Notre technologie sera disponible de deux façons. Dans un premier temps, le logiciel sera embarqué dans notre ActiveShuttle, un AGV conçu pour récupérer sur demande des composants conditionnés dans un « supermarché » et les livrer à un point d’assemblage de la ligne de production.

Il fonctionne en quelque sorte comme un taxi. Et dans un second temps, les industriels et les fabricants de chariots élévateurs pourront utiliser cette technologie pour rendre leurs équi

pements intelligents. Bosch Rexroth dispose d’un avantage de taille : nous sommes aussi fabricant.

Avec les 270 usines Bosch, nous pouvons être notre propre « utilisateur pilote » et montrer que notre technologie fonctionne. Plusieurs de nos usines ont participé au projet. En utilisant nous-mêmes cette technologie, nous avons réussi à évaluer les besoins et à y répondre mieux que n’importe quel département R&D ne le pourrait. Cela nous a permis de tirer les leçons de notre expérience pour améliorer les produits qui seront lancés à l’occasion du salon LogiMAT.

Nous sommes vraiment enthousiastes à l’idée de présenter cette technologie au public. Nos visiteurs pourront voir à quel point il sera facile de l’intégrer à leurs applications. Ils verront aussi à quel point notre solution est abordable, sûre et fiable. Nous avons vraiment concrétisé le concept.

L’intelligence artificielle va-t-elle encore faire évoluer cette technologie ?

Le futur sera flexible et les AGV intelligents y occuperont une place importante. Ils pourront, par exemple, former un « essaim » : une flotte de véhicules travaillant de concert pour offrir tous les avantages de la macro-productivité. Cela favorisera le travail en équipe.

Par exemple, si un AGV est nécessaire pour transporter une charge, le système ne désignera pas simplement le véhicule le plus proche, mais celui qui disposera de la capacité ou de la consommation énergétique la mieux adaptée à l’action concernée. La planification du parcours sera optimisée également.

À l’heure actuelle, les AGV suivent des parcours figés, mais avec les développements que nous allons lancer à LogiMAT et ceux qui sont encore à venir, ce ne sera plus le cas. Il ne faut pas oublier que les AGV ne seront pas les seuls objets mobiles. L’équipement de production le sera lui aussi.

Il sera modulaire et se déplacera dans l’atelier pour créer de nouvelles topologies répondant à des besoins spécifiques, par exemple pour satisfaire une hausse inattendue dans les volumes de production ou une nouvelle commande urgente pour une petite production sur mesure. Quand le bâtiment sera le seul objet fixe, tous les équipements devront être en mesure de s’adapter à ces changements continus. Ils relèveront ce défi de façon admirable.

Comment pensez-vous que cette technologie sera déployée ?

De façon mesurée. Il pourrait s’avérer trop complexe et coûteux de la déployer à grande échelle dès le départ. L’avantage de notre approche est qu’elle permet aux entreprises de l’utiliser, dans un premier temps, dans une zone contrôlée pour en voir les effets avant de déployer la technologie à plus grande échelle.

Pensez-vous que cette technologie sera accessible aux PME également ?

J’irais même jusqu’à dire qu’elle est particulièrement bien adaptée aux PME. Les grandes entreprises peuvent investir à long terme. Les entreprises de plus petite taille ne le peuvent pas forcément, mais lorsque des éléments clés sont accessibles et abordables, elles peuvent les adopter pour créer de nouvelles solutions rapides et flexibles. Les PME sont réactives et ont la volonté
d’entreprendre. Cette technologie leur correspond donc tout à fait.

D’autres industries pourront-elles employer la technologie de localisation par laser ?

Tout à fait ! Je pense qu’elle jouera un rôle important dans les applications de maintenance. Tout comme dans la gestion des déchets, par exemple, et dans d’autres environnements contrôlés, comme les systèmes de nettoyage installés dans les aéroports et les gares.

Enfin, pensez-vous que ces développements pourront générer de nouveaux modèles économiques ?

Oui, je le pense. Si une technologie est simple, flexible et fonctionnelle, comme celle-ci, on peut envisager de nouveaux modèles de facturation à l’usage : les entreprises ne seront pas obligatoirement propriétaires de l’ensemble de l’équipement qu’elles utilisent. Les logiciels font toute la différence et la prochaine grande évolution sera l’avènement de l’intelligence artificielle.

Les ingénieurs envisagent généralement le futur autour du développement de nouvelles fonctionnalités. Mais je pense qu’en réalité, il sera plutôt centré sur la facilité d’emploi, surtout pour les technologies pilotées par software.

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